Abstract: À partir des années 1990 s’impose la conviction que le recul du racisme et de l’antisémitisme résultera de la connaissance des tragédies du passé auxquelles ces idéologies ont conduit. Trente ans plus tard, le constat est sans appel : le racisme peine à reculer, l’antisémitisme connaît une nouvelle vigueur et l’extrême droite xénophobe accumule les succès électoraux. Il devient donc impérieux d’interroger une pédagogie par la mémoire des événements tragiques (Shoah, esclavage « négrier », colonisation) qui n’est plus au diapason d’une société et d’une jeunesse en profonde mutation.
Alors que les mémoires sont devenues des vecteurs de confrontations identitaires, que l’antisémitisme contemporain puise à des matrices ignorées des programmes scolaires (islam et antisionisme) et que la recherche historique récente a enrichi et renouvelé les savoirs, le récit historique doit être profondément repensé.
Cet essai suggère de transmettre l’histoire des racismes et des antisémitismes, non plus en partant de leurs conséquences les plus tragiques, mais par l’analyse de leur fabrique, de leurs mythes constitutifs et des stratégies de leur permanence, en privilégiant le temps long et la démarche comparative, sans éluder ni le rôle des religions, ni les sources extra-européennes du racisme et de l’antisémitisme.
Abstract: Les Juifs ont souvent été accusés de pratiquer le « meurtre rituel » : de la judéophobie antique à l’antisionisme radical d’aujourd’hui, en passant par l’antisémitisme racial moderne, cette accusation mensongère s’est traduite par des légendes qui n’ont cessé de susciter des mobilisations politiques et des violences meurtrières (émeutes sanglantes, pogromes, attentats terroristes). Ces récits de meurtres, qui stimulent la haine, permettent la criminalisation d’un peuple tout entier : les Juifs. Un peuple imaginé comme étant constitué d’assassins potentiels. La haine des Juifs n’a certainement rien inventé de pire.
Pierre-André Taguieff, à travers l’analyse de nombreux exemples, montre que cette accusation n’a cessé, au cours de l’histoire, d’être reformulée dans des contextes très différents, et qu’elle est la matrice d’un enseignement de la haine destiné à susciter de l’indignation. En se diffusant massivement sur Internet, ces récits diffamatoires préparent le passage au « tout est permis » contre les Juifs, et ainsi justifient les actions les plus violentes contre eux. L’examen critique de ces récits offre au lecteur les moyens de démonter les mensonges d’une propagande judéophobe qui s’est globalisée.Les Juifs ont souvent été accusés de pratiquer le « meurtre rituel » : de la judéophobie antique à l’antisionisme radical d’aujourd’hui, en passant par l’antisémitisme racial moderne, cette accusation mensongère s’est traduite par des légendes qui n’ont cessé de susciter des mobilisations politiques et des violences meurtrières (émeutes sanglantes, pogromes, attentats terroristes). Ces récits de meurtres, qui stimulent la haine, permettent la criminalisation d’un peuple tout entier : les Juifs. Un peuple imaginé comme étant constitué d’assassins potentiels. La haine des Juifs n’a certainement rien inventé de pire.
Pierre-André Taguieff, à travers l’analyse de nombreux exemples, montre que cette accusation n’a cessé, au cours de l’histoire, d’être reformulée dans des contextes très différents, et qu’elle est la matrice d’un enseignement de la haine destiné à susciter de l’indignation. En se diffusant massivement sur Internet, ces récits diffamatoires préparent le passage au « tout est permis » contre les Juifs, et ainsi justifient les actions les plus violentes contre eux. L’examen critique de ces récits offre au lecteur les moyens de démonter les mensonges d’une propagande judéophobe qui s’est globalisée.
Abstract: Contre toute attente, l’antisémitisme est redevenu un phénomène politique et social d’actualité en France. Au-delà d’une simple persistance de préjugés anciens, il s’incarne depuis la fin de la guerre de 1939-1945 dans une expansion sans précédent des violences antijuives, allant des insultes jusqu’au meurtre. Sa reviviscence dans l’une des plus vieilles nations démocratiques d’Europe est le signe d’un malaise social et politique qui reste à interpréter. Quels sont les lieux, les milieux et les significations de cette animosité haineuse ? Doit-on y voir l’effet de la persistance de l’ancien ? d’un déplacement ? de la recomposition de formes inédites, portées par des acteurs nouveaux, dans un contexte pourtant gagné aux principes démocratiques ?
Alors même que l’ampleur du phénomène est de nature à mobiliser les sciences sociales pour l’élucider et aider à le combattre, cet antisémitisme s’est accompagné d’un certain déni : longtemps minimisé dans les médias, il peine à être reconnu dans le monde judiciaire et reste peu exploré par les sciences sociales. Cet ouvrage entend donc contribuer à l’analyse rigoureuse du phénomène, en proposant à la réflexion les textes d’historiens, de philosophes, de sociologues et de politistes.
Abstract: Lorsqu’un tribunal allemand à Cologne décida que l’ablation du prépuce pour motif religieux relève de coups et blessures volontaires, il ne pensait pas faire de politique. Lorsque les porte-parole des Juifs en Allemagne s’indignèrent que cette décision revienne en somme à bannir les juifs du pays, éclata un scandale politique national aux proportions mondiales. La chancelière Angela Merkel, rapporte-t-on, réagit en disant « Je ne veux pas que l’Allemagne soit le seul pays au monde dans lequel les Juifs ne peuvent pratiquer leurs rites. Sinon on passerait pour une nation de guignols ». En réalité ce n’est pas le ridicule que l’Allemagne craignait, c’était qu’après avoir tenté d’éradiquer les Juifs d’Europe, avec un certain succès, elle affiche une inhospitalité foncière à l’égard des Juifs. Mais il n’est pas fortuit que ce soit précisément en Allemagne que les droits de l’homme, les droits les plus individuels, soient scrupuleusement approfondis jusqu’à une conclusion politiquement intenable.
Le tribunal de Cologne, en pénalisant la berit milah, ne fait pas de politique, il protège l’intégrité physique de la personne et déclenche pourtant un scandale politique et des réactions en chaîne qui poussèrent le législateur allemand à amender dans l’urgence cette embarrassante décision. Et les juifs, lorsqu’ils circoncisent, que font-ils exactement ? Les anthropologues ont échafaudés un ensemble d’hypothèses sur la fonction de la circoncision. Les réponses varient selon le groupe étudié, mais souvent se chevauchent…
Abstract: Si l’on considère à deux ans de distance le débat sur la circoncision qui a secoué l’Allemagne en 2012, et du point de vue d’un combattant juif alors focalisé uniquement sur la circoncision juive de garçons, ma conclusion est que la circoncision a perdu son innocence. Certes, il y a toujours eu des livres de Juifs et des articles de non-Juifs pour s’en prendre à la circoncision ; et certes, il y eut de nombreuses discussions sur certaines pratiques, comme la Metzitza bePeh, la succion du sang par le mohel qui exécute la circoncision, par exemple quant à savoir si l’usage d’une paille en verre devait être rendu obligatoire – et malgré tout, la circoncision était un acte qui semblait aller de soi. Et quiconque souhaitait y renoncer pour son fils y renonçait.
Or, avec le débat sur la circoncision, qui a eu lieu dans une Europe centrale qui considère la religion avec méfiance dès qu’elle poursuit des buts autres que thérapeutiques, les choses ont changé d’un coup. Au prétexte des complications qui survinrent lors de la circoncision d’un garçon musulman, circoncision qui n’avait pour ainsi dire rien à avoir avec une berit milah (considérant l’âge du garçon, le lieu, les participants et les conditions de l’acte) – la circoncision a été prise dans une spirale de légitimations, qui n’avait pour ainsi dire rien à voir avec le rapport que la majorité des juifs entretiennent à l’égard de cette tradition, ou, pour employer ici le terme religieux, de cette mitsvah.
Abstract: Partons d’un constat, qui est à l’origine de notre volonté – avec Danielle Cohen-Levinas – d’organiser ce colloque pour le penser collectivement : en juin 2012, un jugement de la cour d’appel de Cologne déclarait la circoncision d’un enfant pour des raisons religieuses constitutive d’atteinte à l’intégrité corporelle. Cette pratique très ancienne et commune au judaïsme et à l’islam était dès lors interdite dans toute l’Allemagne. Quelques semaines plus tard, l’Autriche et les hôpitaux universitaires de certains cantons suisses décidaient à leur tour d’un moratoire sur les circoncisions rituelles. Dans cette Allemagne repentante depuis des décennies, les Juifs se sont retrouvés de manière inattendue et soudaine au cœur d’une polémique puissante qui les renvoyait, aux côtés des musulmans, à une pratique décrétée mutilatrice, archaïque, voire barbare. Ce rituel, fondamental au point que son interdiction rendait impossible la présence juive en Allemagne, selon le Zentralrat der Juden, semblait contredire et bafouer des valeurs essentielles de la République fédérale. Ce débat s’est élargi, puisqu’en octobre 2013 c’est le Conseil de l’Europe qui publiait un avis préconisant de légiférer dans le sens d’une limitation, voire d’une interdiction de la circoncision rituelle à l’échelle du continent. L’affaire est sérieuse, une incompatibilité entre l’Europe et ses minorités juive et musulmane est explicitement énoncée, ce fait est sans précédent depuis la fin du nazisme.