Abstract: Comment les minorités peuvent-elles s’intégrer aux nations européennes ? Comment renouer avec le projet émancipateur de l’Europe moderne, qui apparaît plus que jamais en crise ? Pour répondre à ces interrogations, Bruno Karsenti adopte le prisme de la question juive : question qui se pose à propos de cette minorité que sont les juifs, question qu’ils se posent à eux-mêmes au fil de leur intégration. Il retrace l’essor et le déclin des centres que les juifs ont constitués tout au long de leur histoire moderne, entre assimilation et émancipation, discrimination et persécution. Cette trajectoire heurtée part de l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492, s’instaure comme question juive dans l’Allemagne du xixe siècle, manque de disparaître avec l’anéantissement du monde juif à l’Est et se transforme avec la persistance d’un centre juif en France.
Nourri par des travaux d’histoire et de sociologie, ce livre de philosophie politique éclaire le rapport complexe des juifs de la diaspora à leur identité, aux nations dont ils sont devenus les citoyens et, depuis 1948, à l’État d’Israël. En restituant ce cadre, Bruno Karsenti met au jour les paradoxes qui traversent tous les processus d’intégration, depuis la Shoah, les décolonisations et le 7-Octobre. Ce diagnostic s’accompagne d’un engagement : comprendre l’antisémitisme et le racisme, interroger le sionisme et le modèle républicain, c’est rouvrir le champ d’une critique politique fidèle à l’idéal d’émancipation – et donc à la promesse européenne.
Abstract: En transformant les Juifs en citoyens, la Révolution française bouleverse leur statut. La logique révolutionnaire, hostile par principe aux corps intermédiaires, incite les Juifs à renoncer à leur structure communautaire propre. L'intégration à la Nation est désormais leur but : c'est seulement dans la sphère privée qu'ils peuvent préserver leurs traditions et leur fidélité.
Pierre Birnbaum ne se contente pas de retracer l'histoire des épousailles entre la France et ses Juifs, avec ses temps forts, ses moments de crise et ses grandes figures. Il développe une thèse originale : après avoir été longtemps l'agent de l'uniformisation républicaine et laïque, c'est aujourd'hui l'Etat qui incite les Juifs à se constituer en une communauté, largement « imaginaire ». Philosémitisme républicain et antisémitisme nationaliste se renforcent curieusement et « communautarisent par le haut » les Juifs français, tentés eux-mêmes de reconstituer, « par le bas », une communauté.
Le chemin de la Révolution française à Carpentras symboliserait-il le passage imprévu de la citoyenneté à la communauté ?